Qui ne s’est jamais méfié de son téléphone et de l’écoute potentielle de ses conversations ? Après cette lecture, vous ne regarderez plus votre mobile de la même manière.
Lara, 40 ans, effectue un stage dans un service d’addictologie pour les enfants et adolescents. Les rencontres auprès de ces jeunes la renvoient à ses propres addictions. Ce sont aussi celles de nos sociétés occidentales, particulièrement accros aux écrans. Chaque entrevue est éprouvante pour Lara. En effet, celles-ci lui rappellent sa propre vie, notamment la liaison qu’elle a eu avec son pneumologue cinq ans auparavant. Un pervers narcissique qui n’a cessé de les harceler, elle et ses proches, pendant des années via un cyberharcèlement acharné.
Chaque rendez-vous des enfants avec la psychologue prend notre narratrice aux tripes. Peut-être aussi parce qu’elle est maman et que ces craintes la concernent. Elles sont le reflet de ces nouvelles générations ultra connectées ayant développé une phobie scolaire et sociale. Pour certains mêmes, très tôt dans l’enfance. Au lieu de nous rapprocher les uns des autres, l’émergence des smartphones et l’accès à Internet 24h/24 isole et crée fragilités et comportements autodestructeurs chez les adolescents.
Ce livre nous renvoie en miroir nos addictions et provoque une sensation de malaise. Notre époque génère une fascination macabre pour l’image de soi et des situations préoccupantes. Vous constaterez – si vous en doutiez – que l’addiction au numérique fait des ravages. C’est effrayant pour l’avenir et en prendre conscience permet aussi de prendre du recul pour se protéger de ces effets pervers. Finalement, l’existence d’un service psychologique dédié aux addictions des enfants est positif, même s’il mériterait de se multiplier pour aider les nombreux jeunes déjà atteints par ce mal-être.
Je suis surprise par la capacité de l’auteur à se mettre elle-même à distance et à brouiller les pistes entre la partie réelle et fictionnelle. Comme pour son précédent roman, Trois sœurs, Laura Poggioli rapproche sa propre histoire d’un phénomène de société qui nous concerne tous beaucoup plus largement. Nous sommes dans une drôle d’époque où le progrès n’est pas toujours synonyme de progrès social. Voilà un roman social qui remue et donne envie de changer nos habitudes !
« Le numérique a ce pouvoir inédit d’étendre le mal-être à chaque instant puisque nos appareils nous suivent partout, tout le temps. Parallèlement, les réseaux sociaux rendent toutes les rencontres possibles, démultipliant les opportunités de contact, à un âge où l’on n’a pas la maturité émotionnelle pour réaliser que tous les fantasmes ne sont pas faits pour être vécus. »